ATELIER D'INITIATION MUSICALE
Pierre Zurcher dr. es sc. de l'éducation


Les conduites de préécriture

C'est paradoxalement au travers de mon travail sur les conduites musicales que j'ai été amené à m'intéresser à ce domaine. C'est en effet pour suivre mon hypothèse de toujours quant à la musique : son aspect de phénomène séquentiel est à privilégier si l'on désire en comprendre le développement (tant comme ontogenèse que comme philogenèse), et cet aspect relève non pas de la sphère de l'audition mais de celle des coordination de l'action, donc de la pensée. Partant de cela ,la conduite musicale peut être rapprochée des conduites culturelles en générale, des plus natives -création d'outils-, au plus élaborées -écriture, raisonnement logiques. C'est dans ce contexte que j'ai été frappé par les production des petits lors de l'activité de dessin, en particulier de leur premières tentatives "d'écrire leur nom".

Contexte

Aux environs de trois ans, les enfants sont incités, dans le prolongement de l'activité picturale, à ajouter leur nom à leurs dessins. Ils ont amenés à cette conduite par imitation des plus grands ou par sollicitation du contexte familial. Ils sont de fait entraînés à une activité pour laquelle il n'ont pas encore acquis les instruments mentaux nécessaires : la compréhension des principes sous-jacents à  l'écriture ne survient que quelques années plus tard. Il est pourtant passionnant de constater de quelle manière les petits affrontent ce problème à l'aide des moyens mentaux dont ils disposent. les conduites observables s'inscrivent dans la généralité du développement mental, en particulier l'appropriation des conduites culturelles. Plus simplement, il est possible de tirer un parallèle entre ces activités graphiques et les conduites musicales : les mêmes "erreurs" témoignent de l'omniprésence des structures mentales telles que les décrit Piaget.

Résumé des conduites observables

L'observation et la collecte systématique des activités de préécriture m'a permis de distinguer trois grandes périodes dont voici les spécificités :

  1. La réduction de l'activité à son moyen : l'enfant traduit son intention d'écrire son nom, induite par l'exemple des plus grands, par une ou quelques simples traces.
  2. La réduction de l'activité à son principe : Il va ensuite saisir l'idée de signe, sans en réaliser la nature conventionnelle, mais en percevant déjà des caractéristiques de certains de ceux-ci, mais cela sans maîtrise d'organisation et d'ordre. 
  3. L'appropriation des composants : Il accède à l'image globale de son nom, les composants restant approchés en tant que fait graphique, d'ou quelques imprécisions.
  4. L'intégration des composants : Son activité cesse d'être réduite à la représentation visuelle, elle s'appuie désormais sur un programme d'action. Ainsi détachée du réel, la nouvelle représentation détermine une action dont le développement linéaire n'est orienté. L'écriture va se faire indifféremment de gauche à droite ou de droite à gauche, au gré des circonstances : place restante sur le dessin, point de départ de l'activité.
  5. L'intégration opératoire de la conduite : Les enfants accèdent ensuite à la stabilité d'écriture de leur nom. mais la convention acquise pour le sens de l'écriture l'est aussi pour l'orientation des lettres. Le traçage en miroir va être une aptitude majoritairement perdue. Par contre l 'assujettissement des actes séquentiels aux conditions générales de l'action va faire qu'en cas de demande "d'écrire à l'envers", ils proposeront un enchaînement inversé de lettres correctement orientées. 

( Chacun de ces types d'activités sont illustrés sur des pages atteignables en cliquant sur leur énoncé.)

En outre, quelques pages dévolues à :

Bibliographie : Piaget et la musique in Cahiers Suisses de Pédagogie Musicale, juillet 1995.

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